Carotte à tabac - tapaka

Désignation

Carotte à tabac

tapaka

Création/Exécution

Kolia : Village

/ Futuna : Ile

Matière et technique

Tabac (feuilles séchées)

/ Séché

/ Enroulé

/ Compressé

Pandanus: feuille (Pandanus sp- Pandanacée)

/ Découpé

Coco: fibres (Cocos nucifera - Palmae)

/ Tressage - Vannerie

Mesures

Longueur maximale en cm : 78

/ Diamètre maximal en cm : 9

/ Poids (en g) : 1288

Numéro d'inventaire

MNC 2017.1.1

Description

Forme cylindrique aux bouts plus fins, entourée dans une tresse de fibres de coco, dont dépassent de chaque côté des feuilles de pandanus.

Fonctionnement et contexte

Plante à tabac, "grand tabac" ou "herbe à nicot", Nicotiana tabacum ; originaire d’Amérique centrale, elle est apparue en Europe à la suite de la découverte des Amériques par Christophe Colomb. Elle est cultivée pour ses feuilles qui sont séchées, très fournies en nicotine, qui va servir pour la fabrication du tabac.
Elle a été introduite en Océanie et notamment à Wallis et à Futuna par les premiers beachcombers ou "écumeurs de plages" qui se sont installés dans ces îles dans les années 1820. A l’arrivée des pères maristes à Wallis, peu de temps après (1837), Monseigneur Bataillon note que les chefs et le Lavelua (titre du "roi") fument régulièrement.
A Futuna, le tabac est très rapidement rentré dans le système culturel de Futuna car il est présent dans les échanges : on s’en sert pour visiter ou pour accueillir quelqu’un,… et il fait aussi partie des produits qui sont mis en avant au milieu du "mala’e" lors du "katoaga" (cérémonie de partage de vivre à l’issu de celle du kava). Adriano Favole (ethnologue italien qui a travaillé sur Futuna et y a séjourné entre 1996-1997 ; 1999 ; 2004) a relevé plusieurs "fakamisimisi" (textes déclamés au cours du katoaga où l’on remercie les personnes qui ont cultivé le tabac ou, les ignames, les taros,…nourri et élevé les cochons,…).
En voici un exemple (extrait du fakamisimisi lors d’un katoaga à Ono, Alo, Futuna, où l’on remercie pour la culture du tabac :
"Ku kau fakamalo atu je vous remercie
Ki matu’a mo tauleleka anciens et jeunes
Ile tatafi’o le fuga tule pour avoir nettoyé les terres couvertes de roches volcaniques, là en haut,
Muluki ‘o le faka’ili pour avoir semé en frottant les graines entre vos mains,
Fakalaka ‘o le mata’isele pour la lame de couteau qui a franchi les cailloux
Falamapa o le maikao pour avoir enterré (les petites plantes) avec vos doigts
Kua lasi le tapaka à présent, le tabac a poussé
Kua kofu fuli ‘a paipa" toutes les pipes fument
Suspendues à une corde, les feuilles de tabac sont séchées, et sont ensuite entassées et compressées (la confection d’un seul bâton de tabac nécessite beaucoup de feuilles), et enroulés en spirale jusqu’à obtenir cette forme cylindrique. Composition de la carotte de tabac de l’intérieur vers l’extérieur : feuilles de tabac compressées/ feuilles de pandanus (pour éviter que l’humidité rentre)/ kafa (corde en fibres de bourre de coco tressées peinte en jaune).
Produit important dans la coutume, la culture du tabac perdure à Wallis et Futuna, où il est conditionné et vendu sous forme de petits rouleaux. Cette pratique traditionnelle permet d'alimenter le marché local où le tabac est le plus souvent chiqué.
Texte écrit pour "les inédits du musée" du mois de mars 2018.Photographie Eric Dell'Erba

Exposition

"Inédits du Musée" MNC-ALAM 2018 Musée de Nouvelle-Calédonie 04/03/2018 05/03/2019